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Pilote
de Ligne via les USA
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lEs
téMOiGnAges DE piLOtEs prOs...
SUITE
du texte de Regis Hua-Van qui relate tout son parcours du combattant du
Brevet de Base français à la place droite d'un Fokker 100
Gill Airways en passant par les problémes de la visite médicale,
la formation aux US suivi de son job d'instructeur là-bas avant
d'aborder sa reconversion en Europe et tous les problémes qu'elle
posa...
| > Le PL
( Pilote de Ligne ) théorique français |
J'étais donc, avec
mes "licences sans photos", relativement mal parti pour faire carrière
dans mon pays. Cependant, il y avait un mince espoir :
-D'une part, divine
surprise, les normes médicales françaises ayant changé
en 1993 pour s'harmoniser avec ce qui se faisait en Europe, il suffisait
désormais d'être corrigé 10/10e avec une correction
n'excédant pas trois dioptries en valeur absolue lors de l'admission.
J'étais donc désormais l'heureux titulaire d'un certificat
médical de classe 1. Mais, me direz-vous, et mon oreille gauche
? Elle fut trouvée comme étant dans les limites de la normale...
-D'autre part, l'ENAC
(Ecole Nationale d'Aviation Civile), bien qu'ayant drastiquement réduit
la taille de ses promotions d'EPT (Elèves Pilotes de Transport),
continuait à former. Plusieurs concours coexistaient, dont l'EPL
U : niveau bac+2 scientifique et PL théorique.
Je m'attaquai donc
à ce PL théorique si redouté. Il faut reconnaître
qu'il porte bien son nom : "théorique" ! Grâce à de
forts chers cours par correspondance, j'ai eu le loisir d'apprécier
les techniques de navigation de Saint-Ex et Mermoz (cosmographie...), de
revoir d'indispensables notions de thermodynamique_ (principe de Carnot...)
de découvrir les techniques de fabrication des matériaux
composites, etc. Après un an de studieux efforts, ayant décroché
le fameux diplôme, je me présente au concours EPL U où
l'on m'apprend "qu'il n'est pas dans l'esprit de ce concours de faire de
la reconversion de licences étrangères". A ce moment de ma
vie, j'ai eu la très nette impression que je touchais et même
raclais le fond, d'autant que quelques mois plus tôt, j'avais eu
une déconvenue similaire avec Singapore Airlines. Après une
sélection sur dossier, j'eus un premier entretien à Singapour
à l'issue duquel je fus admis à passer les tests d'aptitude
avec une soixantaine de singapouriens et malaysiens : sept heures de QCM
d'anglais, de maths, de logique et les fameux tests psychotechniques et
psychologiques (du style 700 questions en une heure qui vous font
tourner en rond) dont je ressortis rincé. Trois mois plus tard,
je reçus un billet pour Singapour assorti d'une invitation pour
l'entretien final suivi, en cas de succès, par une visite médicale.
Seuls huit finalistes restaient en lice. Pendant un quart d'heure, face
à un jury de six personnes, il fallu répondre à des
questions générales sur sa vie et ses motivations. Le lendemain,
je fus avisé par téléphone que je n'aurai pas besoin
d'aller à la visite médicale… Impossible d'en savoir plus
sinon qu'il restait un dernier carré de quatre candidats. Dommage
pour moi, car cela m'aurait permis de commencer sur A-310 ou B-747/400…
Retour au pays où,
en désespoir de cause, je me lançais dans un tour de France
à la recherche de n'importe-quel-emploi-ayant-un-rapport-avec-l'aviation,
tels qu'agent d'opérations ou agent de trafic. C'est ainsi que je
retrouve Frédéric, rencontré quelques années
plus tôt à Houston. Il est désormais instructeur Falcon
50 sur simulateur chez FlightSafety International au Bourget. Renseignements
pris, il n'y a pour le moment pas d'embauche, mais si j'ai pu passé
les entretiens et tests pour intégrer un pool d'instructeurs prêt
à être embauchés en cas de départs imprévus.
FlightSafety, leader américain dans la formation et l'entraînement
des pilotes et aussi grand fabricant de simulateurs, était, ô
miracle, assez friand d'instructeurs US pratiquant un anglais fluide. Etant
désormais sur cette liste d'instructeurs "embauchables", je ne continuais
pas moins à chercher un boulot, et finis par trouver à coté
de chez moi, à Bâle-Mulhouse, une place d'agent de trafic
pour une saison d'été. Ce fut encore une expérience
enrichissante même s'il était parfois un peu frustrant de
voir du sol tous ces avions s'envoler.
| > Après
l'ATP américain, le PL anglais |
Entre-temps, j'avais
entendu parler des licences anglaises et de la situation relativement florissante
du marché du travail outre-Manche. Après évaluation
de mon expérience aéronautique par la CAA britannique (j'ai
dû envoyer mes carnets de vol, licences et autres diplômes
aéronautiques), je décidais de me lancer dans l'aventure
pour obtenir un ATPL (Airline Transport Pilot Licence). Quelques mots pour
décrire la CAA (Civil Aviation Authority): elle est très
chère, environ deux fois plus que notre déjà chère
DGAC, mais dix fois plus efficace, compétente et pragmatique que
cette dernière. Ainsi, pour me délivrer son Pilote de Ligne,
la CAA exigea-t-elle que je repasse quasiment toute la théorie (ignorant
par là même superbement mon PL théorique français)
et les tests en vol - l'un sur monomoteur, plus ou moins équivalent
à notre test PP, et un autre sur bimoteur pour l'IFR. Par comparaison,
la DGAC., en plus de la théorie, m'obligeait à suivre des
stages homologués (40 heures de vols minimum pour un PP-IFR), avant
de passer les tests en vol, auquel je devais ajouter, pour avoir l'ombre
d'une chance d'embauche, les forts onéreuses et franco-françaises
FTE (Formation au Travail en Equipage) et 1ère Qualif JAR-25 (Qualification
pour "novice" sur des jets de plus de 5,7 t ou des turbo-propulseurs à
hélices de plus de 8,5 t). Le tout se montait à environ un
500000 Francs contre à peine 90 000 pour le pilote de ligne britannique
– ce dernier, étant connu et reconnu internationalement.
A la fin de mon contrat d'agent
de trafic, j'ai achevé la théorie du PL anglais et peux m'attaquer
dans la foulée à la pratique. J'effectue un mini-stage préparatoire
taillé sur mesure dans une petite et sympathique école du
sud de l'Angleterre, à Bournemouth : Professional Air Training,
P.A.T. pour les intimes, où non seulement les gens y sont professionnels
mais aussi chaleureux et honnêtes. Quatre semaines plus tard, sans
aucun souci de dépassement de budget cette fois, j'obtenais mon
ATPL anglais. Je suis très déçu : il n'y a même
pas de photos...Toutefois, la vraie déception vient qu'ayant écrit
à toutes les compagnies britanniques, aucunes d'entre elles ne m'a
fait de réponses satisfaisantes. La majorité est du type
: "Merci de votre intérêt pour notre compagnie... Nous ne
recrutons pas pour l'instant...Nous gardons votre dossier...N'hésitez
pas à nous recontacter d'ici six mois si vous êtes toujours
intéressé."
Aussi, quand Flight Safety
me fait savoir qu'ils peuvent me prendre en tant qu'instructeur "CITATION"(biréacteur
d'affaires de 8 places) je n'hésite pas. Cela me permet de bien
appronfondir mes connaissances sur les jets et de me faire la main grâce
à de nombreuses séances de simu. - expérience aéronautique
et humaine assez unique car on y croise des gens de tous horizons tant
parmi les instructeurs que les élèves. C'est aussi l’occasion
de s'apercevoir que l'on fait bien tous le même boulot avec un niveau
de compétence sensiblement égal quelque soit l'origine de
la licence (du moins pour celles du monde occidental) confortant l'idée
que ces problèmes de licences étrangères relèvent
bien plus d'un protectionnisme primaire que de réelles considérations
de sécurité. Il y a certes des différences de philosophie
: les Américains, à l'inverse des Français en particulier
et des Européens en général, privilégient l'expérience
par rapport aux connaissances théoriques, mais au final, tous pilote
les mêmes avions dans les mêmes cieux. Pour s'en convaincre,
il suffit d'aller sur les grands aéroports internationaux et étudier
les statistiques d'accidents.
| > Après
le simu, la place droite réelle... |
Dans ma quête
d'un travail de pilote, je peux constater que certains pays européens
reconnaissent mutuellement leurs licences nationales respectives, se contentant
dans certains cas de ne faire passer qu'un test écrit portant sur
leur réglementation nationale. Mais vous l'aurez deviné notre
DGAC ne reconnaît aucune licence autre que le sésame bien
franchouillard à plus d'un demi-million de francs, sauf injonction
de certaines compagnies aériennes au nom des fameux impératifs
économiques. Ainsi, avez-vous peut-être déjà
entendu parlé des dérogations accordées par notre
DGAC à certains pilotes roumains ou cubains, et ce avec une surprenante
et discrète rapidité. Dans le même temps, Air France
me répondit fort logiquement que "ma candidature ne pouvait être
retenue, certains éléments de mon dossier ne correspondant
pas à leurs critères de recevabilité".
Au bout d’un an chez Flight
Safety International, j’avais passé 300 heures dans le simulateur
Citation mais à peine 20 sur la "bête réelle". Aussi
quand je lus dans un magazine anglais que Gill Airways, compagnie régionale
britannique en pleine expansion, étendait son partenariat avec Air
France à de nouvelles destinations telles que Helsinki et Göteborg
qu'elle desservirait à partir de Roissy en Fokker 100 (biréacteur
court/moyen courrier de 100 places), j'ai immédiatement renvoyé
un C.V. Bientôt, je reçus un dossier de candidature, puis
un coup de fil pour convenir d'un entretien à sa base de Newcastle.
Quelques semaines plus tard, je trouvai dans ma boite aux lettres
un contrat d'embauche en tant qu'officier pilote sur Fokker 100. Enfin
! Après avoir été refusé par Air France, je
vole pour une compagnie anglaise partenaire d'Air France…
Pour l'anecdote, et aussi
incroyable que cela puisse paraître, dans la même semaine j'ai
reçu pas moins de cinq autres propositions d'embauche, dont, le
même jour un contrat d'une autre compagnie aérienne britannique
sur Dash 8, ce biturboprop de 50 places. Deux mois plus tard, je commençais
presque incrédule ma qualif Fokker 100. Deux autres mois s'écoulèrent,
et le 8 avril 1999, soit près de 25 ans après mon fameux
vol dans le DC-10 d'UTA, c'est non sans une certaine émotion que,
je lançais sur les ondes : "Charles de Gaulle flight data, Air France
two five six four requesting clearance to Helsinki…"

Malheureusement mon histoire
n'est pas exceptionnelle. Je ne regrette rien, ni l'ENAC, ni Singapour,
ni mes nombreux détours qui m'ont, en fait, ouvert à d'autres
gens et cultures. Cela valait la peine d'autant que Gill Airways a une
ambiance de travail bien sympathique, et que, coté salaire, c'est
correcte (environ 20000 FF "vraiment net" car les impôts sont aussi
retenus à la source). A tous les passionnés d'aviation exclus
du système et aux candidats pilotes, je dis accrochez-vous et battez-vous.
Certes, il faut parfois savoir changer de cap pour éviter le cunimb
mais toujours avoir une idée de sa position et du cap à prendre
pour rejoindre sa destination. Toutefois, comme en l'air, il faut être
conscient de ses limites et capacités. Ainsi, je n'aurais sans doute
pas tenter l'aventure américaine si j'avais planté les premières
épreuves du concours d'Air France. Surtout, il ne faut pas se laisser
démoraliser par les trop nombreux briseurs de carrières qui
encombrent les bureaux de nos administrations. Ces "intouchables" sont
d'autant plus redoutables qu'à leur incompétence impunie,
s'ajoute leur arrogante certitude d'accomplir leur devoir. Nos administrations
feraient bien de s'inspirer des méthodes américaines qui
rappellent aux fonctionnaires qu'ils sont avant tout au service des administrés,
leurs véritables employeurs en tant que "tax payers"- terme bien
plus adéquat que son équivalent français de contribuable
(en effet, au vu des résultats, je me demande toujours à
quoi l'on contribue !)
Enfin, je m'étonne
souvent de l'anti-américanisme primaire qui règne en France
et pas seulement dans le domaine aéronautique. Peut-être qu'un
élément d'explication de ce phénomène se trouve-t-il
dans cette réflexion entendue de la bouche d'un esprit aiguisé
et bien français : "Ce qui est énervant chez les Américains
c'est qu'ils se prennent pour le nombril du monde, alors qu'en fait…c'est
nous !".Bons vols. "Have a good one".
>
Régis HUA-VAN
[10]
| > Validations
des licences étrangères |
Dans sa grande bonté
la DGAC validait (au moins entre 1991 et 1996) pour une période
de deux ans renouvelable toutes licences étrangères d'un
état membre de l'OACI (Organisation de l'Aviation Civile Internationale)
- Non, vous ne rêvez pas -, à usage privé, et, à
condition de fournir une carte d'immatriculation consulaire prouvant votre
domiciliation à l'étranger - Vous voyez bien que vous ne
rêviez pas !. En clair cela faisait d'un titulaire d'un pilote de
ligne américain, un "super pilote privé" autorisé
à faire du bimoteur et de l'IFR sur des avions du registre français
à condition de rester domicilié hors du territoire français.
Logique! Tout le monde sait que la compétence d'un pilote dépend
de son lieu de résidence...
Mieux encore : lorsque je
voulus renouveler cette validation la dernière année de mon
séjour à Houston, la DGAC à Paris m'a informé
que, dans un louable effort de décentralisation, je devais désormais
m'adresser au district aéronautique de Strasbourg (DAC Nord-Est)
dont je relevais vu ma résidence en France. J'y fus reçu
par le prototype utilisé par la DGAC pour définir le cahier
des charges de ses fonctionnaires depuis trente ans. Je n'étais
qu'au début de mes surprises quand il me demanda, en plus de ma
carte consulaire, d'autres documents tels que une fiche d'état civile,
deux photos d'identité, etc. Lui faisant part de mon étonnement,
il me répondit avec une satisfaction évidente, qu'avec la
décentralisation, chaque district aéronautique pouvait demander
ce que bon lui semblait. Ainsi, si je n'étais pas content je pourrais
toujours aller voir un autre district moins exigeant. Quand j'évoquais
l'effort d'harmonisation européen à travers les JAR-FCL la
réponse fut si déconcertante que je m'en souviens plus exactement
- mais ça relevait du registre "Rien à f...". Par contre
je me souviens très bien de la suite de sa brillante prestation
:"Sachez qu'une validation n'est pas un droit mais un privilège
que l'on vous accorde. Ainsi, si je le voulais, je pourrais exiger que
vous passiez un test en vol, et je pourrais même vous refuser toute
validation sans avoir de compte à rendre à personne. "Admiratif,
je contemplais la puissance administrative de ce digne représentant
de notre DGAC. Mais voici la conclusion :
-En plus, votre licence
n'est même pas OACI.
-Pardon ? Les licences américaines
ne sont pas OACI ?
-Ben non ! Vous voyez bien,
il n'y a même pas de photo (Très important la photo ! C'est
sans doute pour ça qu'il tenait à en avoir deux !).
En effet, "y avait pas photo
!" Je me ruais chez moi, et, armé d'un magnétophone, j'appelais
ce monsieur pour tenter d'immortaliser ce scoop. Mais hélas, sans
doute que mon sourire narquois lui avait-il glisser un doute car j'obtins
de son supérieur qui venait d'étudier la question avec lui,
la confirmation de la "petite erreur" de son agent sur ce point. Quelques
jours plus tard je reçus ma "validation temporaire à titre
privé" avec ma photo dessus...
>
R. H-V.
[10]

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