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Pilote
de Ligne via les USA
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téMOiGnAges DE piLOtEs prOs...
Un texte de Regis
Hua-Van qui relate tout son parcours du combattant du Brevet de Base français
à la place droite d'un Fokker 100 Gill Airways en passant par les
problémes de la visite médicale, la formation aux US suivi
de son job d'instructeur là-bas avant d'aborder sa reconversion
en Europe et tous les problémes qu'elle posa...
| > Copi
Fokker 100 dans une compagnie régionale britannique |
Ce fût à bord
d'un DC-10 d'UTA que j'eus l'occasion de découvrir pour la première
fois un poste de pilotage. Gagné par la féerie du spectacle
qu'offrait l'immense cockpit, j'y restais 50 minutes avec la complicité
de l'équipage. Qu'il en soit ici remercié. Ce jour-là,
alors que je n'avais pas encore 7 ans, je venais en quelque sorte de déposer
mon plan de vol pour devenir PILOTE DE LIGNE ! Ce qui j'ignorais alors,
c'est que la route que j'allais suivre allait se révéler
être très éloignée de l'orthodromie (Chemin
le plus court entre deux points sur une sphère).
Quelques années et
vols d'initiation plus tard, peu avant la rentrée scolaire, ma mère
me fît une proposition : "Si tu as les félicitations du conseil
de classe aux trois trimestres, je t'inscris à l'aéro-club
l'année prochaine." Jamais mes résultats scolaires ne furent
aussi brillants...Et me voilà à quinze ans membre de l'Aéro-Club
du Haut-Rhin. Les deux années qui suivront, seront marquées
par une scolarité et une progression vers la licence de pilote privé
que l'on peut qualifier de normales, au sens le plus neutre du terme, n'étant
ni sur ni sous doué. Je me dois de remercier ici tout ceux qui m'ont
permis de progresser et d'atteindre mes objectifs : outre bien sûr
mes parents, les instructeurs, le Président au long cours de l'aéro-club,
les secrétaires, salariés ou bénévoles et les
mécaniciens sans qui nos avions ne nous serviraient pas à
grand chose. Grâce à tout ce petit monde, je me retrouve par
une belle journée d'octobre, promu plus jeune pilote de France.
Il va sans dire que c'est le genre d'expérience qui fait terriblement
souffrir la modestie du citoyen anonyme que je suis.
| > Premier
obstacle: la visite médicale |
C'est donc tout
auréolé de cette gloire éphémère, que
j'arrive chez l'ophtalmologiste dont le diagnostic résonna comme
un verdict : myopie, certes légère mais bien réelle
et irrémédiable.
- Mais alors, pour être
pilote de ligne ?
- Non, ce ne sera pas possible.
Il vaut mieux oublier. Vous savez il y a d'autres métiers...
Merci du renseignement. On
notera au passage la remarquable délicatesse dont savent faire preuve
certains professionnels de la santé pour vous annoncer leur diagnostic.
Certes me direz-vous, au moins je savais à quoi m'en tenir et n'avais
désormais plus d'illusions à me faire. Certes... Quelques
mois plus tard, le bac en poche, je commence des études universitaires
scientifiques avec pour objectifs une carrière de chercheur en physique,
ou de préférence, une carrière d'officier dans l'Armée
de Terre (parachutiste par exemple, histoire d'avoir de temps à
autre "les fesses en l'air") En parallèle, il m'apparaît essentiel
de tout faire pour me perfectionner en tant que pilote privé. En
deuxième année universitaire, je consacre une demi-journée
par semaine à potasser les cours par correspondance de l'Institut
aéronautique Jean Mermoz pour passer le PP-IFR théorique,
obtenu au bout d'un an. Dans la même optique, j'ai eu le bonheur
de participer aux échanges internationaux des Cadets de l'Air organisés
par l'Aéro-Club de France - Merci au Colonel Juillot pour son dévouement
et son sens de l'organisation - et aussi, l'année suivante, au Tour
de France Aérien des Jeunes Pilotes. Ce sont là des expériences
riches et inoubliables que je ne peux que recommander de tenter aux jeunes
pilotes.
Cette année-là,
l'Envolée Air Inter, car tel était son nom à l'époque,
faisait escale à Merville, terrain connu pour être la base
de l'Institut aéronautique Amaury de La Grange (IAAG/EPAG)qui fut
notre hôte du jour. Mais quel est le contexte d'alors ? En cette
fin des années 80, on vient de s'apercevoir brutalement que la France,
comme d'autres pays à travers le monde, manque cruellement de pilotes.
"Les besoins sont désormais estimés à 400 pilotes
par an et au moins jusqu'à l'an 2000" prédisaient les organismes
les plus sérieux. Il faut savoir que, deux ans auparavant, lors
d'une journée des carrières au lycée, un représentant
de la Direction Générale de l'Aviation Civile (notre chère
DGAC) m'avait assuré que je n'avais pas à regretter d'être
myope car "la filière pilote de ligne est bouchée pour les
dix prochaines années". Apparemment, il n'y avait pas que la filière
de bouchée et il y avait bien plus myope que moi!
| > Carrière
bouchée ou pénurie de pilotes ? |
Désormais,
il était devenu évident que les trente EPL (Elèves
Pilote de Ligne) formés chaque année par l'ENAC plus les
quelques dizaines de PP-IFR (Pilote Professionnel - Qualification Vol aux
Instruments) issus des écoles privées n'y suffiraient plus.
Panique dans les états majors des compagnies aériennes qui
se disputaient alors le moindre PP. qui promettait de passer son IFR et
le PL théorique dans les deux ans. De multiples établissements
privées, plus ou moins sérieux, (certains filiales de compagnies
aériennes) ont soudainement vu le jour proposant des formations
de plusieurs centaines de milliers de Francs (jusqu'à un 500000
F) souvent, en partenariat avec des banques que les heureux élus
rembourseraient sans peine grâce au faramineux revenus de la profession...
C'est dans cette atmosphère
euphorique que, lors de la réception organisée par l'IAAG,
ses instructeurs sont venus démarcher les quelques soixante jeunes
pilotes de la compétition. Lorsque, dans un soupir je déplorais
ne pas pouvoir participer à cette grande messe du recrutement, un
instructeur me rétorqua :"Pas de problème ! Un de mes élèves
était myope lui aussi. Il s'est fait opérer et aujourd'hui
il est PP-IFR et travail pour une société de travail aérien.
Et de me donner le nom de l'hôpital où ce miracle s'était
opéré. Ce fut pour moi comme un coup de tonnerre. Quelques
semaines plus tard, j'étais dans cet hôpital parisien en consultation
chez la spécialiste de la "kératotomie". Cette dame m'expliqua
la situation avec une honnêteté intellectuelle exemplaire
: bien sûr, on pouvait m'opérer et avec de grandes chances
de succès. Mais celui-ci n'était pas garanti, au point que
l'on opérerait d'abord un œil, puis une fois le succès de
cette première opération confirmé, l'autre. De plus,
on me ferait aussi signer une décharge. Enfin, dans mon cas, vu
ma faible myopie et mon jeune âge, c'était utiliser le marteau
pilon à écraser les mouches. Pris de pitié pour les
mouches, je renonçais donc à la kératotomie.
L'année suivante,
la pénurie de pilotes se faisant de plus en plus sentir, Air France
se lança dans un grand recrutement ab initio (candidats sans expérience
aéronautique) niveau Math Sup. ou bac+2 scientifique ou technique.
Ayant, au moins sur le papier, le niveau requis, je décidais d'y
participer. Toutefois, pour m'éviter de douloureuses désillusions,
je pris la précaution de passer d'abord à mes frais la visite
médicale d'aptitude Pilote de ligne, au CEMPN (Centre d'Expertise
Médical du Personnel Navigant, tenue par l'Armée de l'Air)
de Strasbourg. Cette visite à elle seule vaut bien un paragraphe.
Le début se passe bien. Les choses se gâtent quand je passe
à l'ophtalmologie, où l'on me fait remarquer que je ne suis
pas à la norme d'admission de l'époque, qui était
de 7/10e non-corrigé sur chaque œil. Toutefois, n'étant pas
trop loin de la norme avec 8/10e et 4/10e, la possibilité d'une
dérogation accordée par le conseil médical aéronautique
n'était pas exclue. Précisons ici que cette échelle
d'acuité visuelle n'est pas absolue : certains, au regard perçant,
ont jusqu'à 14/10e, d'autres, tels les grands myopes, sont en dessous
de zéro - c'est à dire que non seulement ils ne distinguent
pas la "plus grosse ligne" mais ils ne voient pas non plus le tableau ni
même sans doute le mur qui le supporte... Plein d'espoirs, que je
continuais donc. Hélas, le spécialiste ORL, à la vue
de mon audiogramme tonal, grimaça et m'expliqua que j'avais une
atténuation bizarre de mon oreille gauche à 250 et 500 Hz,
en gros aux fréquences d'une contrebasse. Puis il m'envoya faire
une batterie de tests dont une série de radios pour mieux voir ce
qui pouvait clocher dans mon appareil auditif gauche. Observant mes radios,
il s'exclama :"Magnifique ! Tout est en place! Donc si on ne voit rien,
c'est que c'est caché !". Insistant pour savoir de quoi il pouvait
bien s'agir, il évoqua une "otospongiose" qui, si elle ne m'affectait
pour l'instant pas dans ma vie courante, pouvait éventuellement
évoluer dans les 20, 30, ou 40 années à venir. Emu
par tant de précautions et d'égards, je perdis mes derniers
espoirs d'obtenir une dérogation ayant désormais une double
inaptitude, ophtalmo et ORL
Un brin suspicieux, je suis
allé consulter l'un des plus grands ORL de la région qui
trouva mon "audition sensiblement normale" et l'hypothèse d'une
"otospongiose", absurde. Quand, je revins tout heureux partager ma découverte
avec le médecin-colonel, commandant le CEMPN, il le prit plutôt
mal, et, arguant du fait que cet ORL n'était pas agréer par
les autorités aéronautiques, jugea ce rapport nul et non
avenu. Les compétences libellées DGAC sont comme les voies
du Seigneur…
| > Concours,
entretiens et tests... |
C'est donc sûr
de moi que je me rendis au concours d'Air France. Pour paraphraser Raymond
Devos, j'étais sûr de rater, et ça n'a pas raté!
Toutefois cela m'avait permis de constater qu'à défaut d'être
physiquement apte, je l'étais intellectuellement. Fort innocemment,
je partis en vacances en Californie l'année suivante. Une fois l'indispensable
voiture de location en main, je me rendis sur l'aérodrome le plus
proche et poussais la porte de la première école trouvée.
Après un vol en C172 au-dessus de Los Angeles - on ne reviendra
pas ici sur la facilité quasi jouissive de la pratique de l'aviation
légère aux U.S.A., maintes fois évoquée dans
ces colonnes -, j'en repartais avec une moisson d'informations et un rendez-vous
avec un médecin agrée par la FAA (Federal Aviation Administration
= Aviation Civile Américaine).
Le lendemain, c'est un peu
ébahi que je ressortais du cabinet de ce médecin avec un
certificat médical de 1ère classe - celui des…pilotes de
ligne. Cela avait duré une heure et coûté 35 dollars
(environ 210 F), à comparer avec la demi-journée au CEMPN
et les 1010 F de l'époque (aujourd'hui environ 1600 F) sans compter
les 6 semaines de préavis pour le rendez-vous... et le résultat
! Certes, certains diront que la visite médicale américaine
n'est pas aussi poussée que la française. En effet, outre-Atlantique
on ne se contente que de vérifier si votre état de santé
au moment de votre visite, représente, pour vous-même et les
autres, un danger dans les airs. Ainsi, mon certificat médical américain
mentionne : "Doit porter des lunettes de vue". Mais c'est vrai qu'ils ont
scandaleusement négligé de se soucier de savoir si, dans
40 ans, mon oreille gauche ne pourra éventuellement plus apprécier,
comme il se doit, "Le Blues" de Patricia Kaas ou tout autre son couramment
utilisé dans la même gamme de fréquences...
Désormais c'était
décidé ! J'arrêterai mes études de physiques,
irai faire mon service militaire, et reviendrai aux Etats-Unis, au moins
pour la formation, voire plus si affinités et opportunités.
Cette décision fut alors prise contre vents et marées, lesquels
étant essentiellement maternels relevaient plutôt du cyclone
tropical. Toutefois, une détermination constante et une année
dans l'Armée de l'Air - par ailleurs, très instructive au
sein du 02/033 "Savoie"-, permirent à la tempête de tomber
et même aux vents de tourner de 180°.
C'est donc le vent en poupe
que je débarquais en Floride avec 230 heures de vol et un budget
de 120 000 F (emprunt bancaire), plein de rêves en tête et
une certaine angoisse au ventre. Disons le tout net : la Floride n'est
pas le meilleur endroit où apprendre à voler. Non pas à
cause du climat, en fait très propice, mais à cause des nombreux
requins aux belles dents aussi blanches qu'acérées qui sévissent
dans certaines écoles à fortes proportions d'élèves
étrangers. Ceux-ci sont alors pris pour des pigeons à plumer,
un comble quand on vient pour voler...
| > Grimper
dans la carrière aéronautique |
A part le choix
de l'école pour les raisons d'honnêteté mentionnées
ci-dessus, il faut aussi rappeler les problèmes de visas, de prix,
de flotte d'avions et celui de la langue. Je confirme que les Américains
avalent l'anglais plus qu'ils ne le parlent, et en avoir de bonnes bases
est un minimum. Naïvement, je pensais que sept années d'anglais
en secondaire et deux en fac, seraient largement suffisantes. Erreur, surtout
comparé aux Suisses, Allemands et Scandinaves, je n'avais guère
plus que ce minimum. Ainsi, surtout pour être opérationnel
à la radio, j'ai dû faire de gros efforts, facilités
toutefois par l'immersion linguistique quotidienne. Avec de la persévérance,
beaucoup de vigilance et de fermeté, je m'en suis tout de même
sorti au bout de huit mois et 220 heures de vol, dans les limites de mon
budget, et surtout, titulaire d'un Commercial-Instrument-Multimoteur, assorti
des qualifs d'instructeur pilote privé, pilote professionnel et
vol aux instruments (en américain cela donne : "CP/IR and CFI, CFII,
MEI" ou "Commercial Pilot / Instrument Rating and Certified Flight Instructor,
Certified Flight Instructor Instrument, Multi-Engine Instructor).
Prochaine étape, trouver
un emploi d'instructeur dans une école américaine. Entre-temps,
un certain Saddam a eu la géniale idée d'envahir son voisin
Koweïtien avec toutes les conséquences que l'on connaît.
Finies les faramineuses prévisions d'embauche de pilotes, bonjour
la récession et le chômage ou les petits boulots pour bon
nombre d'entre eux, avec quelques fois des dettes monstrueuses en prime.
Délaissant la Floride, j'arrivais à Houston, Texas, avec
mes licences et qualifs, (450 heures) et une idée pour me faire
embaucher : me présenter non seulement en tant qu'instructeur, ce
qui était très banal pour l'époque, mais aussi en
tant que français, ce qui l'était à peine moins, capable
de recruter de la clientèle française voire européenne
- ce qui ne manquait pas d'attirer l'attention des dirigeants des écoles,
très friands de nouveaux débouchés en ces temps difficiles.
Mes principaux arguments ? L'heure de vol deux à trois fois moins
chère aux USA qu'en Europe, et la liste des quelque 560 aéro-clubs
de France dont les quelques 40000 membres (vous !) représentaient
un gisement de pilotes susceptibles de venir se perfectionner ou se former
à moindre coût. Pendant deux mois, je sillonnais les alentours
de Houston et finis par rencontrer Franck Barisselle, jeune français,
élève puis instructeur dans l'une des rares écoles
du moment qui tournait bien. Séduit par mon idée et sans
doute compatissant, il m'aida à convaincre son patron du bien-fondé
de mon projet.
Durant les trois années
qui suivirent, une quinzaine de Français, un Belge et deux Italiens
passèrent chez Cliff Hyde Flying Service : cela allait de membres
de l'Aéro-Club du Haut-Rhin venant en amis passer quelques jours
à faire du bimoteur pour le prix du mono en France, à des
jeunes aspirants pilote professionnel restant près d'un an pour
une formation complète. Expérience très riche culturellement,
linguistiquement et aéronautiquement, mais aussi pleine de rebondissements
tel que le feuilleton des visas. En effet, pendant quatre mois je fus un
"sans visa" car, malgré l'assistance d'un avocat (quasi obligatoire
pour avoir une chance de se sortir du labyrinthe des services de l'Immigration
américaine) le passage du statut d'étudiant-stagiaire à
celui de travailleur temporaire ne s'était pas fait sans peine.
A l'expiration de mon visa,
je rentrai en France avec un Pilote de ligne américain (ATP=
Airline Transport Pilot), et plus de 3000 heures de vol dont 500 sur bimoteurs
mais ce n'était là que des avions légers à
pistons. Or, ce n'est malheureusement pas de ce type de "pistons" dont
on a besoin pour faire du réacteur dans certaines compagnies...
Mais, ce qu'on me reprochera le plus, c'est bien d'avoir des licences américaines.
A l'inverse de ma situation outre-Atlantique, j'avais désormais
le "bon" passeport (plus de problème de visa) mais la "mauvaise"
licence. Lorsque je tentai_ d'obtenir une validation temporaire de mes
licences pour un usage privé (non rémunéré),
un fonctionnaire de la DGAC décréta que mes licences américaines
n'étaient pas OACI, n'ayant même pas de photo !
Pour compléter le
tableau de mon retour au pays, les conséquences de la guerre du
Golfe se faisant encore cruellement sentir, les grands recrutements Air
France, Air Inter et UTA avaient cessé. Pire, des formations de
promos entières avaient été interrompues. Certains
avaient fini leur onéreuse formation de deux ou trois ans ("…pour
faire d'eux de vrais pilotes de ligne") à temps pour venir s'entasser
sur les listes d'attente de nos principales compagnies. Parmi ces "Chevaliers
de la tropopause", les plus chanceux se virent proposer des postes de bagagistes
(il n'y a pas de sots métiers...). Ces veinards, vu la longueur
des listes susmentionnées, pouvaient espérer développer
de jolis biceps pour le jour de leur mise en ligne.
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